« Qualifier le Cholistan de "terre stérile" pour justifier l’accaparement de terres par des entreprises n’est pas seulement faux, cela revient à effacer notre histoire[1] », explique Fazal e Rab Lund, leader Saraiki Baloch originaire du Cholistan, au Pendjab (Pakistan), exprimant son angoisse pour l’avenir de sa terre natale. Connue traditionnellement sous le nom de Rohi, cette région faisait autrefois partie d’une grande civilisation florissante le long de la rivière Hakra, la civilisation de la vallée de l’Indus. Aujourd’hui, les communautés nomades Rohilay, gardiennes de ces terres, sont confrontées à une menace existentielle. Leurs liens culturels et économiques profonds avec la terre sont en train d’être détruits par l’Initiative pour un Pakistan vert (GPI), qui considère le Cholistan comme un territoire vide et propice à l’agriculture mécanisée. « Pour les Rohilay, déjà déplacés en raison des changements climatiques et de l’abandon par l’État, l’agriculture d’entreprise est synonyme d’exil définitif », déclare Fazal.
Depuis plusieurs années, le Pakistan est frappé par une succession de crises, depuis les chocs économiques dus aux confinements liés au COVID-19 jusqu’aux inondations catastrophiques de 2022 qui ont submergé un tiers du pays. Instabilité politique, insécurité aiguë, inflation galopante, déficit budgétaire croissant et dette extérieure insoutenable ont poussé la nation au bord du gouffre. Dans ce contexte, la crise alimentaire de 2022 a aggravé la situation nutritionnelle déjà dramatique du Pakistan[2]. L’inflation des prix des denrées alimentaires a régulièrement progressé à partir de février 2022, atteignant un pic de 49 % en mai 2023, laissant environ 8,6 millions de personnes en situation d’insécurité alimentaire aiguë[3][4].
Profitant de cette vulnérabilité, le gouvernement pakistanais a misé de manière croissante sur l’agriculture d’entreprise, à la fois comme prétendue solution et comme activité lucrative. Pour promouvoir ce projet politique, il a favorisé deux alliés régionaux disposant de ressources financières considérables : les Émirats arabes unis (EAU) et l’Arabie saoudite.
Paradoxalement, les exportations pakistanaises de riz, de fruits, de légumes, de viande et de fruits de mer vers les EAU et l’Arabie saoudite pourraient être considérées comme vitales : les Émirats dépendent des importations pour 90 % de leurs besoins alimentaires et l’Arabie saoudite pour 80 %.
Dès le départ, le Pakistan a clairement indiqué ses priorités aux investisseurs du Golfe : leurs investissements dans les terres agricoles pakistanaises serviraient avant tout leur propre sécurité alimentaire, plutôt que celle du Pakistan. En 2003, le Pakistan a lancé sa politique d’agriculture d’entreprise (Corporate Agriculture Farming - CAF) et a organisé une tournée de promotion des terres agricoles dans les pays du Golfe pour attirer des investisseurs. Ceux-ci se voyaient offrir toute une série d’avantages : exonérations fiscales, dérogations au droit du travail, importations d’équipements en franchise de droits, création d’une force de sécurité dédiée et accès à la pleine propriété de terres dans des zones franches consacrées à l’agriculture, à l’élevage et aux produits laitiers[5].
Cependant, l’intérêt initial des investisseurs pour les terres agricoles a été de courte durée. Les investissements directs étrangers (IDE) en provenance du Golfe ont connu une baisse spectaculaire, passant d’un pic de 8 milliards de dollars des États-Unis en 2007 à moins d’un milliard en 2014[6]. En 2023, le Pakistan a relancé ses efforts pour attirer les investissements des pays du Golfe dans ses terres agricoles, cette fois avec un objectif axé sur sa propre sécurité alimentaire. Selon le modèle d’agriculture d’entreprise, le Pakistan cherchait à réserver 60 % de sa production agricole à sa propre sécurité alimentaire, tout en exportant 40 % vers d’autres pays, principalement dans le Golfe[7].
L’agriculture d’entreprise au service de la sécurité alimentaire des pays du Golfe
Le SIFC
Pour accélérer le développement agricole et les investissements dans ce secteur, le Pakistan a créé en juin 2023 une institution civile et militaire, le Conseil spécial de facilitation des investissements (Special Investment Facilitation Council - SIFC), un organisme de commerce et d’investissement agréé, doté de larges pouvoirs, offrant des opportunités économiques et facilitant les investissements. Le SIFC est supervisé par le Premier ministre et composé de ministres provinciaux et fédéraux, de secrétaires et de représentants de haut rang des forces armées pakistanaises. Il fonctionne comme une plateforme décisionnelle centralisée destinée à prendre toutes les mesures nécessaires pour simplifier les investissements, la privatisation et les offres commerciales, en se concentrant sur cinq secteurs clés : la défense, les mines, les technologies de l’information, l’énergie et l’agriculture. Quelques jours après le lancement du SIFC, quatre terminaux portuaires de Karachi ont été loués pour une durée de plus de 30 ans à AD Ports Group, une société émiratie[8].
Dans le domaine de l’agriculture, le SIFC a l’intention de céder à des grandes entreprises des terres de gouvernements provinciaux pour des activités agricoles. Pour ce faire, le SIFC a créé l’Initiative pour un Pakistan vert (Green Pakistan Initiative ou GPI), un programme qui vise à accroître la productivité agricole en attirant des investisseurs privés, tant nationaux qu’étrangers. L’initiative comporte différentes composantes clés :
- Le Système d’information et de gestion foncière (LIMS), qui permet de cartographier et de réhabiliter les terres non cultivées, de construire des canaux pour le stockage des eaux de crue et d’introduire des technologies agricoles modernes[9]. Le LIMS est appelé à collaborer avec l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar, le Bahreïn et la Chine sur divers projets agricoles en vue d’accroître les exportations du Pakistan[10].
- The Green Corporate Initiative (Private) Limited (GCI), une société qui loue des terres cultivables avec un bail de 30 ans dans le cadre de coentreprises, et les attribue à des investisseurs.
La GPI a identifié 1,92 million d'hectares de terres dites « stériles » pour l'agriculture d'entreprise, soit une superficie presque équivalente à celle de la Slovénie et supérieure à celle du Koweït. À ce jour, environ 400 000 hectares de terres ont été attribués à des investisseurs privés, suscitant des réactions de plus en plus vives de la part de l’opinion publique, qui redoute que ceux et celles qui pratiquent l’agriculture ou l’élevage à petite échelle ne soient déplacé·es, ce qui les priverait d’accès à la terre et à l’eau[11].
Cette approche de l'agriculture d’entreprise, fondée sur l’accaparement des terres et des ressources, reproduit les logiques observées dans la mise en œuvre du Corridor économique Chine-Pakistan (CPEC), où de vastes étendues de terres ont été cédées à des entreprises chinoises dans le cadre de l’initiative chinoise des « Nouvelles routes de la soie [12]». Suivant un modèle comparable de féodalisme d’entreprise, le SIFC prévoit de céder de vastes territoires dans la région du Cholistan, au Pendjab, à des investisseurs agricoles, après avoir installé des infrastructures de base pour l’eau, l’électricité et la main-d'œuvre.
Investissements agroindustriels de l’Arabie saoudite et des EAU
À la suite de la crise alimentaire de 2007-2008, les gouvernements d’Arabie saoudite et des EAU ont recherché des opportunités d’investissement agricole à l’étranger et accru leurs investissements directs étrangers afin de renforcer la production alimentaire et de réduire la dépendance aux importations de denrées alimentaires. En 2019, les Émirats arabes unis ont lancé une Stratégie nationale pour la sécurité alimentaire visant à garantir l’accès de tou·tes les citoyen·nes à une alimentation suffisante, sûre et nutritive à des prix abordables, y compris en cas d’urgence ou de crise. Seulement 0,5 % du territoire des EAU est cultivable, et la superficie agricole ne cesse de diminuer en raison de la désertification et de la dégradation des sols. De manière similaire, l’Arabie saoudite a mis en place son projet Vision 2030 pour diversifier son économie, l’agriculture y étant considérée comme un secteur clé, puisque seulement 1,5 % des terres du royaume sont adaptées à l’agriculture[13]. Dans ce contexte, l’accès facile à la terre et à l’eau dans un pays voisin et allié comme le Pakistan constitue une option très attrayante pour ces deux États du Golfe.
SALIC et autres initiatives
L’Arabie saoudite est en train de renforcer stratégiquement ses activités à l’étranger via l’« Initiative du roi Abdallah pour l’investissement agricole saoudien à l’étranger », lancée en 2008, ciblant 35 pays pour y développer des projets agricoles. L’initiative vise officiellement à produire des denrées alimentaires à la fois pour le Royaume et les pays partenaires. L’Initiative du roi Abdallah encourage en partie l’acquisition de terres en accordant des subventions à ses entreprises qui investissent dans des activités agricoles à l'étranger.
D’autres programmes soutenus par le gouvernement saoudien visent aussi à promouvoir ses activités agricoles à l’étranger, notamment le Fonds d’investissement public (PIF), la Saudi Agricultural and Livestock Investment Company (SALIC) et la Saudi Private Sector Joint Venture Initiative, qui prévoit des transferts de technologie, des coentreprises et des achats directs d'entreprises agricoles. Les groupes agricoles saoudiens ont dépensé plus de 4,5 milliards de dollars dans l’acquisition ou la location de vastes étendues de terres agricoles, ainsi que dans l’élevage, la production végétale et la transformation alimentaire dans plus de 16 pays.
Le Koweït rejoint les accords sur les terres agricoles
Le Koweït est un autre pays du Golfe à avoir sauté sur l’offre pakistanaise de terres agricoles. Fin 2023, il a signé un protocole d’accord avec le Pakistan portant sur des projets d’une valeur de 10 milliards de dollars, dont certains axés sur la sécurité alimentaire. Les deux pays ont décidé d’élargir leur partenariat économique et d’investissement en mettant l’accent sur des secteurs tels que l’alimentation et l’agriculture, les retenues d'eau, l’exploitation minière, la préservation des mangroves et les technologies de l’information[14]. À la suite de la signature de l’accord, l’ambassadeur du Pakistan au Koweït, Malik Muhammad Farooq, a souligné que son pays pouvait contribuer aux objectifs de sécurité alimentaire du Koweït, mettant en avant sa capacité à fournir des fruits frais, des légumes et de la viande. Les deux nations avaient déjà posé les bases d’une coopération économique dès 1979, avec la création de la Pakistan-Kuwait Investment Company (PKIC), une institution financière de développement qui détient aujourd’hui 71,35 millions de dollars d’actifs[15].
En 2020, le groupe saoudien Sarh Attaqnia Co. (SAC) a signé un accord de partenariat de plus d’un milliard de dollars avec le conglomérat industriel pakistanais Fatima Group, l’un des groupes industriels les plus dynamiques du Pakistan, avec des intérêts dans les secteurs des engrais, de l’énergie, du textile, du sucre, du ciment et du capital-risque. Ce partenariat vise à utiliser des terres en jachère au Pakistan pour produire du riz, de l’orge, de l’avoine ou des balles d’ensilage pour l’élevage, et à développer l’industrie laitière dans le cadre de l’Initiative d’agriculture d’entreprise. L’argument commercial de Sarh Attaqnia est qu’elle investira dans le développement d’une chaîne de valeur agricole de pointe, allant de la production durable à l’exportation de cultures céréalières, en passant par la transformation et l’entreposage, afin de contribuer à la sécurité alimentaire de la région. La China Machinery Engineering Company (CMEC) intervient également dans cet accord en tant que partenaire technologique, fournissant des machines agricoles de précision climato-intelligentes, des semences améliorées à haut rendement et d’autres intrants de culture[16].
Selon l’ancien Premier ministre intérimaire du Pakistan, Anwaar-ul-Haq Kakar, le Royaume saoudien s’est engagé en 2023 à investir 25 milliards de dollars sur une période de deux à cinq ans, en privilégiant notamment l’agriculture[17]. Lorsque le Pakistan a lancé la LIMS (composante opérationnelle de la GPI) en juillet 2023, pour promouvoir l’agriculture moderne sur plus de 9 millions d’hectares de terres publiques non cultivées, les Saoudiens ont investi un montant initial de 500 millions de dollars. Toutefois, cela reste hypothétique, car aucune information publique n’est disponible sur les superficies effectivement allouées.
En mars 2024, un accord interentreprises dans le secteur de l’élevage a été signé entre le SIFC pakistanais et la société saoudienne Najd Gateway Holding Company : 2 023 hectares situés à Bakkhar, au Pakistan, seront utilisés pour cultiver de la luzerne destinée à l’exportation vers l’Arabie saoudite, où elle servira à nourrir des vaches laitières[18]. Le conglomérat saoudien des produits laitiers Al Marai a également été invité à participer au projet, malgré ses activités controversées aux États-Unis, où il est accusé d’avoir détourné les maigres ressources en eau du fleuve Colorado pour irriguer des cultures de luzerne en Arizona, une région durement touchée par la sécheresse.
FonGrow, l’entreprise dirigée par l’armée pakistanaise visant à soutenir les efforts conjoints de l’armée et du gouvernement pakistanais dans le développement de l’agriculture d’entreprise, a également incité de nombreuses autres sociétés saoudiennes, telles que Al-Dahara, Saleh et Al-Khorayef, à investir dans l’agriculture pakistanaise[19].
Le Pakistan a également proposé à la Saudi Agricultural and Livestock Investment Company (SALIC) de mettre en place un élevage de 30 000 bovins dans le Pendjab, avec une production annuelle de 6 000 tonnes de viande et un investissement initial dépassant les 25 millions de dollars. La SALIC s’est également montrée intéressée par la location de 20 234 hectares de terres[20].
Les Émirats arabes unis
Le gouvernement des Émirats arabes unis et ses entreprises ont suivi une démarche similaire. Face aux défis croissants liés à la sécurité alimentaire, les EAU ont lancé en 2019 leur Stratégie de sécurité alimentaire 2051, avec pour objectif ambitieux de devenir un pôle mondial d’excellence en matière de sécurité alimentaire fondée sur l’innovation, et de se hisser au premier rang de l’Indice mondial de sécurité alimentaire d’ici 2051. Ce cadre stratégique s’articule autour de plusieurs axes prioritaires : assurer la continuité du commerce alimentaire mondial, diversifier les partenariats pour l’importation de denrées alimentaires, et renforcer la production nationale[21].
Pour assurer leur sécurité alimentaire, les EAU ont mis en place une ambitieuse stratégie d’investissement à l’échelle mondiale combinant partenariats commerciaux et acquisitions de terres agricoles. Le gouvernement des EAU et ses partenaires du secteur privé, comme ADQ, Al Dahra et Elite Agro, ont acquis près de 960 000 hectares de terres agricoles à l’étranger. Cette stratégie vise à réduire le rôle des intermédiaires, à sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement, à renforcer la logistique et à réduire le coût des importations alimentaires. Cela permettrait ainsi jusqu'à 25 % d’économies sur les dépenses d'importation par un accès direct aux cultures alimentaires[22].
Les EAU comptent parmi les plus importants partenaires commerciaux du Pakistan et figurent parmi ses principales sources d’investissements étrangers, avec un montant dépassant 10 milliards de dollars au cours des 20 dernières années. En décembre 2023, juste après le lancement du SIFC, les EAU ont signé des accords d’une valeur de 25 milliards de dollars, notamment dans le secteur agricole, avec, dans un premier temps, la production de viande halal et de dattes destinées à l’exportation vers les Émirats[23]. Une série d’autres accords a suivi. En mai 2024, lors d’une visite d’une journée à Abou Dhabi, le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif a obtenu une promesse d’investissement de 10 milliards de dollars de la part du président des EAU, le Sheikh Mohamed bin Zayed Al Nahyan[24]. En juin 2024, Bassam Karanouh, dirigeant de la société Caballero Foods basée à Dubaï, a visité une ferme FonGrow à Khanewal pour réfléchir aux opportunités d’agriculture d’entreprise au Pakistan[25]. En novembre 2024, AD Ports, groupe portuaire des EAU, a signé quatre protocoles d’accord avec le gouvernement pakistanais pour envisager la modernisation de ses infrastructures maritimes, ferroviaires, aéroportuaires, douanières et logistiques[26]. AD Ports est déjà un investisseur majeur dans le port de Karachi au Pakistan, et ces accords visaient à développer encore ses activités dans le pays.
Enfin, un acteur majeur de ces dynamiques est le fond souverain ADQ d’Abou Dhabi, qui a acquis 50 % des parts de la société Al Dahra Holding Company, un leader multinational de l’agroalimentaire spécialisé dans l’alimentation animale et les produits alimentaires de base. Al Dahra exploite trois rizeries au Pakistan, en Inde et aux EAU, avec une capacité de production annuelle de 500 000 tonnes[27]. L’entreprise est également un acteur majeur dans la culture, la production et la fourniture de fourrages pour animaux et de cultures alimentaires. Elle détient un portefeuille foncier de près de 162 000 hectares de terres en propriété ou en location dans 20 pays, et possède 15 usines d’aliments pour bétail produisant plus de 40 types de produits[28]. Afin de renforcer les investissements des EAU au Pakistan, les deux pays négocient actuellement un Accord de partenariat économique global (CEPA), avec au centre des discussions des secteurs stratégiques tels que l’agriculture, les mines et le pétrole[29].
La Chine veut sa part du gâteau agricole pakistanais
Les entreprises chinoises investissent elles aussi massivement dans l’agriculture pakistanaise. En septembre 2024, quelque 25 entreprises chinoises se sont engagées à investir et ont signé des protocoles d’accord pour un montant de 10 milliards de dollars dans les secteurs de l’agriculture, de l’alimentation, du textile et de l’automobile. Un investisseur chinois a signé un protocole d’accord portant sur 4 047 hectares de terres dans le Cholistan, en vue d’y cultiver des arachides destinées à l’exportation[30]. La société chinoise Shandong Runbai Agricultural Science and Technology Co., spécialisée dans la production et l’exportation de semences d’arachide à haute teneur en acide oléique, serait à l’origine de cet investissement. En 2023, elle avait déjà exporté une première cargaison de semences de base d’arachide vers le Pakistan, qui ont été plantées sur environ 66,7 hectares dans les villes d’Attock et de Chakwal, dans la province du Pendjab[31].
Début 2025, le groupe chinois BGI a proposé de lancer un projet pilote de culture de riz et de maïs au Cholistan, tout en introduisant du coton génétiquement modifié dans la province[32]. Parallèlement, le groupe chinois Dayu Irrigation, qui entend apporter des technologies d’arrosage intelligentes aux fermes pakistanaises, a livré son premier lot d’équipements dans le cadre de l’Initiative pour un Pakistan vert[33].
Les populations mobilisées face à l’agriculture d’entreprise

23 février 2025. À Mithi, dans le district de Tharparkar, dans la province du Sindh, les mouvements Awami Tehreek et Sindhiyani Tahreek ont organisé une marche de proteste contre la mainmise sur le fleuve Indus, la construction des canaux du Cholistan et l'agriculture industrielle.
Tous ces immenses projets de l’Initiative pour un Pakistan vert suscitent une vive indignation et une opposition croissante dans les régions du Pendjab et du Sindh. Les communautés agricoles, en particulier les petits propriétaires terriens, ainsi que les écologistes et les personnes militant pour une alimentation durable, craignent que les entreprises étrangères et nationales qui investissent dans les terres agricoles déplacent les paysan·nes, limitent leur accès à des ressources agricoles essentielles, épuisent les ressources en eau et provoquent une catastrophe écologique dans la région. Toutes ces personnes ne croient pas non plus aux promesses selon lesquelles ces investissements favorisent la sécurité alimentaire du pays. Elles voient dans ces cultures commerciales un moyen de répondre, au mieux, aux besoins de sécurité alimentaire d’autres pays, mais pas à ceux du Pakistan.
Une vague de campagnes et d’actions a été – et continue d’être – déployée par la société civile pour résister à ce que l’on appelle les « mafias d’entreprise ». En mars 2024, une conférence agricole a été organisée à Shahpur Chakar (district de Sanghar, Sindh) par le Sindhi Hari Tehreek, un mouvement engagé en faveur des droits et du bien-être des personnes travaillant dans l’agriculture, afin de demander la fin de l’occupation des terres du Sindh et dénoncer la construction de canaux susceptibles d’entraîner la désertification de la province. Les organisateurs ont dénoncé la vente aux enchères de 526 092 hectares de terres dans la province au nom de l’agriculture d’entreprise, et exigé le démantèlement du Conseil spécial de facilitation des investissements (SIFC), qu’ils jugent anticonstitutionnel[34].

23 février 2025. À Mithi, Tharparkar
Lors d’une conférence de presse qui s’est tenue à Lahore en novembre 2024, des paysan·nes sans terre et des petits agriculteurs et agricultrices, soutenu·es par les organisations paysannes Pakistan Kissan Rabita Committee (PKRC) et Anjuman Mazareen Punjab (AMP), ont juré de se battre plutôt que de céder leurs terres face à l’offensive du gouvernement en faveur de l’agriculture d’entreprise. Pour le PKRC et l’AMP, la solution à la situation difficile des communautés rurales est claire : une réforme agraire complète, avec une redistribution des terres aux communautés paysannes sans terre, aux travailleurs et travailleuses agricoles et aux petits agriculteurs et agricultrices[35]. Pourtant, le gouvernement continue de faire pression pour promouvoir l’agriculture d’entreprise. En janvier 2025, plus de 44 000 hectares dans le Sindh et le Pendjab avaient discrètement changé de mains et avaient été intégrés à l’Initiative pour un Pakistan vert : 20 285 hectares dans le Sindh, plus de 18 000 hectares à Bhakkar, Khushab et Sahiwal et 5 600 hectares supplémentaires dans le district d’Umerkot[36].À Lahore, des communautés paysannes ont intenté une action en justice contre des projets agricoles liés à l’armée, et des activistes ont mis en garde contre le fait que l’agriculture d’entreprise, associée aux technologies modernes, aggraverait les catastrophes liées au changement climatique[37]. Après avoir constaté l’ampleur du désastre dans la région de Sanghar au Sindh, un journaliste de la BBC a évoqué le coût humain : « Dans le modèle actuel d’agriculture d’entreprise, les paysan·nes seront chassé·es de leurs terres. Cela se passe sans aucune transparence et personne ne sait qui obtient les terres ni à quel prix[38]. »
Au cœur de tout cela, un schéma dénoncé par le PKRC et ses alliés se dessine : le gouvernement utilise l’agriculture d’entreprise comme un écran de fumée pour des accaparements de terres au profit des mafias d’entreprise. Des baux d’une durée de 30 à 50 ans sont déjà en train de provoquer l’exode de villages entiers, malgré des décisions de justice reconnaissant ces terres comme la propriété commune des paysan·nes[39]. À cette fin, le gouvernement déploie des tactiques agressives pour s’emparer des terres : envoi d’avis de métayage aux paysan·nes, réclamations d’arriérés de redevances foncières, et même recours à l’intimidation policière pour obtenir de force des empreintes digitales en guise de « consentement » à la cession de terres. Les communautés agricoles d’Arifwala et d’Hasilpur, au Pendjab, ont récemment déjoué une tentative de saisie de 10 800 hectares de leurs terres par des entreprises soutenues par la police[40].
Le 15 février 2025, au mépris de l’opposition des communautés agricoles, le Premier ministre du Pendjab et le chef de l’armée ont lancé l’Initiative pour un Pakistan vert (GPI) dans les zones désertiques de Kandai et de Chapu au Cholistan. Le lancement concernait notamment la Green Mall and Service Company (vente de semences subventionnées, d’engrais et location de drones) ainsi qu’une « ferme agricole intelligente » (Smart Agri Farm) de 2 023 hectares, équipée de technologies agricoles modernes et irriguée par un système de six nouveaux canaux détournant les eaux du Sindh (Indus)[41].
L’annonce de ces projets de canaux a déclenché des manifestations dans tout le pays. Dans le Sindh, les communautés agricoles, les communautés de pêche, les habitant·es et même un allié politique du parti au pouvoir ont lancé une vague de manifestations pour dénoncer le détournement des eaux du Sindh et alerter sur le risque de pénuries d’eau catastrophiques. Les tensions se sont encore accrues lorsque, le 23 avril, l’Inde a annoncé unilatéralement la suspension du traité sur les eaux de l’Indus, en réponse à l’attentat de Pahalgam au Jammu-et-Cachemire. Le 24 avril, le gouvernement pakistanais a déclaré l’arrêt de la construction du nouveau canal, en invoquant notamment une large opposition nationale parmi les motifs de sa décision. Cela a marqué une victoire majeure des populations contre l’accaparement de l’eau par l’agriculture d’entreprise.
Bien que la suspension de la construction du canal constitue un revers pour le projet d’agriculture d’entreprise de la GPI, les communautés agricoles restent exposées au risque d’accaparement de terres et d’autres projets agricoles favorables aux entreprises. L’Initiative pour un Pakistan vert risque d’instaurer un nouveau féodalisme, basé sur les monocultures agroindustrielles et financé par les capitaux des pays du Golfe. Si le modèle promet une « modernisation » technologique, il écarte les petits agriculteurs et agricultrices, remplaçant leurs moyens de subsistance par des chaînes d’approvisionnement contrôlées depuis l’étranger pour les semences, les machines et l’irrigation.
Image de bannière : 14 mars 2025. À l'occasion de la Journée internationale d'action pour les rivières, un rassemblement a été organisé par Awami Tahreek et Sindhyani Tahreek depuis le village de Karan Shoro à Qasimabad, au Pakistan, jusqu'à Al-Manzar Jamshoro, où un hommage a été rendu à la rivière Indus. Les participants ont protesté contre six nouveaux canaux, les modifications apportées à la loi IRSA et les projets agricoles industriels. Un grand nombre de femmes et d'enfants ont participé activement au rassemblement. Des fleurs ont été jetées dans l'Indus en hommage et l'engagement a été renouvelé de poursuivre la lutte pour la protection de l'Indus jusqu'au dernier souffle. Photo : Awami Tahreek & Hari Tahreek, Sindh, PKRC
Investissements des EAU et de l’Arabie saoudite dans la région Asie-Pacifique
En Australie, le groupe saoudien SALIC, associé à son partenaire brésilien Minerva Foods, a acquis 100 % du capital de l’Australian Lamb Company (ALC), l’un des plus grands producteurs de viande du pays, qui exploite deux sites de transformation capables de traiter jusqu’à 3,78 millions de têtes de bétail par an[42]. Dès 2016, l’entreprise émiratie Al Dahra Agriculture, acteur majeur de l’agrobusiness spécialisé dans l’alimentation humaine et animale, a acquis une participation majoritaire dans Glenvar Hay Pty Limited, une entreprise australienne d’aliments pour animaux. Cette opération a conduit à la création d’une nouvelle entité, Al Dahra Glenvar Hay Pty Limited, chargée de gérer et d’exploiter une zone stratégique dédiée à la culture du blé en Australie[43].
En 2019, l’entreprise agroalimentaire émiratie Elite Agro a tenté d’acquérir 100 000 hectares de terres dans le Kalimantan central, en Indonésie[44]. Elle n’a d’abord obtenu que 5 000 hectares, puis est parvenue à 18 000 hectares en 2021, avec des projets d’expansion toujours en cours. Les Émirats ont aussi manifesté leur intérêt pour d’autres projets agricoles en Indonésie, tels que la canne à sucre et les grands projets soutenus par l’État pour des cultures telles que le riz, le maïs et le manioc[45].
Aux Philippines, le producteur de produits frais Unifrutti, contrôlé par une société d’Abou Dabi, exploite 1 700 hectares de plantations de bananiers[46]. En 2022, le ministre philippin de l’Agriculture, William Dar, a invité les investisseurs des Émirats et d’autres pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) à investir dans les secteurs de l’agriculture et de la pêche, notamment dans des plantations de noix de coco, de bananes et de mangues[47].
Le groupe saoudien SALIC a également acquis 44 % du capital de Olam Agri Holdings (« Olam Agri ») pour environ 1,78 milliard de dollars. Cette entreprise agroalimentaire internationale basée à Singapour possède et exploite des plantations et des fermes produisant des matières premières agricoles. SALIC espère en acquérir la totalité du capital[48].
Début 2022, les Émirats arabes unis ont annoncé un investissement initial de 2 milliards de dollars pour la création de « parcs alimentaires » en Inde. Ces parcs sont des zones industrielles intégrées pour la transformation des denrées alimentaires, disposant d’infrastructures partagées telles que le stockage frigorifique, les entrepôts, les services publics et la gestion des déchets. Ils font partie du vaste corridor de sécurité alimentaire, doté de 7 milliards de dollars, mis en place dans le cadre du Corridor économique Inde-Moyen-Orient-Europe (IMEC), à la suite de l’Accord de partenariat économique global (CEPA) signé entre l’Inde et les Émirats. Ce corridor alimentaire Inde-Émirats vise à relier les fermes indiennes aux centres de transformation et directement aux ports émiratis tout au long de la chaîne de production alimentaire. L’Inde fournira les terres et facilitera l’intégration des paysan·nes indien·nes dans les parcs alimentaires[49]. Ce modèle suscite cependant des craintes : ces parcs pourraient fonctionner comme des zones franches, échappant à l’application de la loi indienne sur les produits essentiels (Essential Commodities Act - ECA). L’ECA permet au gouvernement d’imposer des limites de stockage sur les produits de base en cas de pénurie et son application dans ces zones pourrait compromettre les perspectives économiques des parcs alimentaires[50][51].
Par ailleurs, le groupe émirati Aqua Bridge prévoit d’investir 461 millions de dollars dans la construction d’une usine d’aliments pour poissons dans l’Uttar Pradesh, capable de produire jusqu’à un million de tonnes d’aliments destinés au secteur florissant de l’aquaculture en Inde[52]. Les Émirats ont aussi lancé Agriota Marketplace, une application numérique hébergée sur Microsoft Azure et développée par le Dubai Multi Commodities Centre (DMCC), pour mettre directement en relation les agriculteurs et agricultrices indien·nes et les acheteurs émiratis en gros, sans passer par des intermédiaires.
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[1] Entretien avec GRAIN
[2] Progressive International, « The Roots of Food Crisis in Pakistan », 26 août 2020, https://progressive.international/wire/2020-08-26-the-roots-of-food-crisis-in-pakistan/fr
[3] FSIN et Global Network Against Food Crises. 2024. GRFC 2024. Rome. https://www.fsinplatform.org/grfc2024
[4] Pakistan: Acute Food Insecurity Situation for March - June 2024 and Projection for July - Novembre 2024, Integrated Food Security Phase Classification analysis, https://www.ipcinfo.org/ipc-country-analysis/details-map/en/c/1157024/
[5] Robert Looney, « Agrarian Mirage: Gulf Foreign Direct Investment in Pakistan’s Agricultural Sector », Middle East Institute, Washington DC, 1er octobre 2014, https://landmatrix.org/media/uploads/meieducontentmapagrarian-mirage-gulf-foreign-direct-investment-pakistane28099s-agricultural-sector_ftnref17.pdf
[6] Robert Looney, « Agrarian Mirage: Gulf Foreign Direct Investment in Pakistan’s Agricultural Sector », 1er octobre 2014, https://landmatrix.org/media/uploads/meieducontentmapagrarian-mirage-gulf-foreign-direct-investment-pakistane28099s-agricultural-sector_ftnref17.pdf
[7] Aamir Saeed, « Pakistan seeks $6bn for corporate farming from Saudi Arabia, other Gulf nations by 2028 », Arab News, 22 septembre 2023, https://arab.news/wxb3f
[8] Qamar Bashir, « Why are KSA and UAE Investing in Agri-Livestock? », Daily Times, 12 juillet 2023,
[9] « Green Pakistan Initiative – Land Information and Management System (LIMS) », the Times Agriculture, 13 juillet 2023, https://timesagriculture.com/green-pakistan-initiative-land-information-and-management-system-lims/#google_vignette
[10] « Army chief, PM inaugurate Pakistan’s first corporate farm to modernize agricultural practices », Arab News, Arab News, 25 juillet 2023, https://arab.news/wqj93
[11] « 4.8m acres identified for Green Pakistan Initiative », Ministère de l’information et de la radiodiffusion, gouvernement du Pakistan, 7 septembre 2024, https://moib.gov.pk/News/64781
[12] GRAIN, « Démasquer les fausses promesses du Corridor économique Chine-Pakistan », 12 mai 2021, https://grain.org/fr/article/6671
[13] Simon Sharp, « How the UAE and KSA are tackling food security issues », Global Ventures, 3 juin 2022, https://www.global.vc/thoughts/how-the-uae-and-ksa-are-tackling-food-security-issues#:~:text=While%20the%20UAE%20imports%2090,demographics%2C%20and%20shifting%20consumption%20habits
[14] « We can meet Kuwait’s goal to maintain food security: Pakistan envoy », Arab Times, Kuwait City, 7 janvier 2024, https://www.arabtimesonline.com/news/we-can-meet-kuwaits-goal-to-maintain-food-security-pakistan-envoy/
[15] Shakeel Ahmed Ramay, “Opportunities from ties with Kuwait”, The Express Tribune, Islamabad, 3 mars 2025, https://tribune.com.pk/story/2531939/opportunities-from-ties-with-kuwait
[16] « Pakistan’s Fatima Group seals $1bn industrial deals with Saudi, Chinese companies », Arab News, 28 février 2022, https://arab.news/nz3ep
[17] Mehreen Zahra-Malik, « Saudi Arabia, UAE to invest $25 billion each in Pakistan in 2-5 years — PM », Arab News, Islamabad, 4 septembre 2023, https://arab.news/rsyhs
[18] « Pakistan’s SIFC, Saudi company ink agreement to cultivate 5,000 acres of cattle fodder », Arab News, Islamabad, 18 mars 2024, https://arab.news/w9yna
[19] Aamir Saeed, « Pakistan seeks $6bn for corporate farming from Saudi Arabia, other Gulf nations by 2028 », Arab News, Islamabad, 22 septembre 2023, https://www.arabnews.pk/node/2378411/business-economy
[20] Shahbaz Rana, « Pakistan sweetens terms to lure Saudi investment », The Express Tribune, Islamabad, 20 avril 2024, https://tribune.com.pk/story/2463226/pakistan-sweetens-terms-to-lure-saudi-investment
[21] « A Guide to Food Security in the UAE », Ministère du Changement climatique et de l’Environnement, 2023, Dubaï, https://smartfoodsafe.com/wp-content/uploads/2024/10/A-Guide-to-Food-Security-in-the-UAE.pdf
[22] « The U.A.E.’s Food Security Vision: Innovation, Investment, and Partnerships », U.S.-U.A.E. Business Council, novembre 2024, https://usuaebusiness.org/wp-content/uploads/2024/11/SectorUpdate_FoodReport_Web.pdf
[23] GRAIN, « Des terres à la logistique : le pouvoir croissant des Émirats arabes unis dans le système alimentaire mondial », 3 juillet 2024, https://grain.org/fr/article/7173
[24] Saima Shabbir, « UAE president commits to investing $10 billion in Pakistan in meeting with PM Sharif », Arab News, 23 mai 2024, https://arab.news/rwht3
[25] Muhammad Ibrahim, « Dubai-based food company explores opportunities in Pakistani corporate farming », Arab News, 30 juin 2024, https://arab.news/cghjv
[26] « AD Ports Group signs Memorandums of Understanding with Government of Pakistan to advance trade, transport and logistics infrastructure », Abu Dhabi Media Office, 9 novembre 2024, https://www.mediaoffice.abudhabi/en/transport/ad-ports-group-signs-memorandums-of-understanding-with-government-of-pakistan-to-advance-trade-transport-and-logistics-infrastructure/
[27] « ADQ to expand its food and agriculture business sector portfolio with strategic investment in Al Dahra Holding Company », 13 mai 2020, https://www.adq.ae/newsroom/adq-to-expand-its-food-and-agriculture-business-sector-portfolio-with-strategic-investment-in-al-dahra-holding-company/
[28] « Al Dahra Agriculture, Elite Agro Holding Join ADAFSA' S Fodder Market », Pakistan Point, Abu Dhabi, 21 septembre 2023, https://www.pakistanpoint.com/en/story/1750993/al-dahra-agriculture-elite-agro-holding-join-adafsa0.html
[29] Farzad Ramezani Bonesh, « Multilateral Trade Between the UAE and Pakistan: 2023 / 24 Status and Prospects », Middle East Briefing, 18 décembre 2023, https://www.middleeastbriefing.com/news/multilateral-trade-between-the-uae-and-pakistan-2023-24-status-and-prospects/
[30] Shafaq Zernab et Muhammad Ahmad Khan, « Strategic Choices of Pakistan Amid US And Chinese Investments – Analysis », Eurasia Review, 28 février 2025, https://www.eurasiareview.com/28022025-strategic-choices-of-pakistan-amid-us-and-chinese-investments-analysis/
[31] « Planting area of Chinese peanut varieties to reach 2,000 acres in Pakistan », The Nation, Islamabad, 20 juin 2024, https://www.nation.com.pk/20-Jun-2024/planting-area-of-chinese-peanut-varieties-to-reach-2-000-acres-in-pakistan
[32] « Chinese firm offers rice, maize cultivation project in Cholistan », DAWN, Lahore, 28 janvier 2025, https://www.dawn.com/news/1888197/chinese-firm-offers-rice-maize-cultivation-project-for-cholistan
[33] « Green Pakistan project designed to maximize agricultural productivity: Fu Shuai », Associated Press of Pakistan, Beijing, 3 février 2025, https://www.app.com.pk/global/green-pakistan-project-designed-to-maximize-agricultural-productivity-fu-shuai/
[34] Aftab Ahmed, « Sindhi Hari Tehreek rejects corporate farming in province », The News International, Hyderabad, 10 mars 2024, https://www.thenews.com.pk/print/1166434-sindhi-hari-tehreek-rejects-corporate-farming-in-province
[35] « Small farmers will not vacate their land », Business Recorder, Lahore, 22 novembre 2024, https://www.brecorder.com/news/40333850/small-farmers-will-not-vacate-their-land
[36] Ikram Junaidi, “Govt asked to end new canals, corporate farming projects”, The DAWN, Islamabad, 19 janvier 2025, https://www.dawn.com/news/1886224
[37] « Pakistan: Landless peasants resisting land grabbing for corporate farming projects under the Green Pakistan Initiative », La Via Campesina, 3 décembre 2024, https://viacampesina.org/en/2024/12/landless-peasants-are-resisting-land-grabbing-under-the-green-pakistan-initiative-for-corporate-farming-projects/
[38] « Sairbeen: SIFC - Military’s involvement in Pakistan’s economic decision-making », BBC URDU, https://www.youtube.com/watch?v=y246eVPDU5o
[39] « Farmers, civil society oppose corporate farming », The DAWN, Lahore, 25 mars 2025, https://www.dawn.com/news/1900206/farmers-civil-society-oppose-corporate-farming
[40] « Peasant groups demand govt give state land to landless farmers », Business Recorder, Lahore, 25 mars 2025, https://www.brecorder.com/news/40354568/peasant-groups-demand-govt-give-state-land-to-landless-farmers
[41] Amir Ilyas Rana, « Green Pakistan Initiative launched to modernise agriculture », The Express Tribune, 15 février 2025, https://tribune.com.pk/story/2528692/punjab-launches-agricultural-projects-to-support-farmers-with-modern-facilities#google_vignette
[42] « SALIC and Minerva Foods announce the acquisition of the Australian Lamb Company », SALIC, 21 octobre 2022, https://salic.com/news/salic-and-minerva-foods-announce-the-acquisition-of-the-australian-lamp-company/
[43] « Al Dahra Agriculture – Animal Feed Division, acquires a feed processor in Wannamal, North of Perth, Western Australia to strengthen », AL DAHRA, Abou Dabi, EAU, 14 novembre 2016, https://aldahra.com/al-dahra-agriculture-animal-feed-division-acquires-a-feed-processor-in-wannamal-north-of-perth-western-australia-to-strengt/
[44] « Government agrees to develop agriculture farm and plantation with Elite Agro UAE LLC », Sampit Prokal (article traduit par GRAIN), 18 octobre 2019, https://farmlandgrab.org/post/29419-government-agrees-to-develop-agriculture-farm-and-plantation-with-elite-agro-uae-llc
[45] « Indonesia a step closer to partner with UAE on Papua food estate », Jakarta Globe, 29 novembre 2024, https://farmlandgrab.org/post/32526-indonesia-a-step-closer-to-partner-with-uae-on-papua-food-estate
[46] Unifrutti Group: Company Profile, 2015, https://unifruttigroup.com/sito/wp-content/uploads/2022/08/Unifrutti-Group_Company-Profile_2021.pdf
[47] Adora Rodriguez, « DA chief calls on UAE, Gulf countries to invest in Phl agri, fishery », DA Press Office, 14 février 2022, https://www.da.gov.ph/da-chief-calls-on-uae-gulf-countries-to-invest-in-phl-agri-fishery/
[48] « Proposed Sale of Olam Group’s Remaining 64.57% Stake in Olam Agri to SALIC », Olam Agri, 24 février 2025, https://www.olamagri.com/news/press-release/proposed-sale-of-olam-group-remaining-64-point-57-percent-stake-in-olam-agri-to-salic.html
[49] « I2U2 Summit and Food Security », Drishti, 15 juillet 2022, https://www.drishtiias.com/daily-updates/daily-news-analysis/i2u2-summit-and-food-security/print_manually
[50] La loi de 1955 sur les produits essentiels (Essential Commodities Act - ECA) du Parlement indien vise à contrôler la production, l’approvisionnement, la distribution et le commerce de certains produits de base afin d’assurer leur disponibilité pour le public à des prix équitables et d’empêcher la constitution de stocks et la vente sur le marché noir.
[51] Amiti Sen, « UAE initiates process of investing $2 billion in food parks in India », The Hindu Business Line, 26 décembre 2023, https://www.thehindubusinessline.com/economy/agri-business/uae-initiates-process-of-investing-2-billion-in-food-parks-in-india/article67677170.ece
[52] Neil Halligan, « UAE’s Aqua Bridge to build aquaculture farm in India », AGBI Arabian Gulf Business Insight, 21 février 2025, https://www.agbi.com/agriculture/2025/02/abu-dhabis-aqua-bridge-to-build-aquaculture-farm-in-india/