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Les connections de l'├ęthanol de sucre de canne

by GRAIN | 22 Oct 2007

GRAIN

Les Etats-Unis et le Brésil sont de loin, les centres dominants de la production mondiale d'éthanol. Ils totalisent ensemble près de 70 % de l'éthanol actuellement produit dans le monde. Ces deux pays dominent aussi la production mondiale à l'exportation des plantes cultivées à partir desquelles elles produisent leur éthanol. Les Etats-Unis, qui tirent leur éthanol du maïs, fournissent près de 70% des exportations mondiales de maïs. Le Brésil tire son éthanol de la canne à sucre, et totalise aujourd’hui plus de la moitié du sucre brut commercialisé dans le monde. Aussi dans ces deux pays, l'approvisionnement en matière première d'éthanol se fait dans des filières mondiales qui sont étroitement contrôlées par un petit nombre d'entreprises transnationales et  soumises aux relations commerciales. [1]

L'émergence du Brésil comme gros exportateur de sucre a commencé à la fin des années 1980 quand le secteur sucrier a été libéralisé. C'est à cette époque que les investissements étrangers se sont mis à affluer, augmentant l'envergure de la production sucrière et sa superficie, tout en orientant l'industrie vers l'export. Cependant, ce n'est réellement qu'au cours de ces toutes dernières années que le sucre brésilien a commencé à inonder le marché mondial. En 2004, le Brésil a gagné un litige crucial contre le régime sucrier de l'Union Européenne à l'Organisation Mondiale du Commerce. La victoire brésilienne a ébranlé les circuits de commerce et de production coloniaux en place depuis longtemps, ainsi que la production à l'exportation largement subventionnée de l'Union Européenne. Aujourd'hui, les industries sucrières d'Afrique, des Caraïbes, du Pacifique et d'autres parties du monde qui étaient soutenues par un accès préférentiel à l'UE, sont en plein déclin, alors même que la croissance des marchés pour l'éthanol fait monter le prix international du sucre. Pendant ce temps la production sucrière brésilienne explose: la part du pays dans les exportations de sucre brut  est passée de 7 % en 1994 à 62% en 2006, et au cours des quatre dernières années, ses exportations de sucre et d'éthanol ont augmenté de 243 %. [2]

Le conglomérat Crystalsev

Au cœur de ce conglomérat se trouve la famille brésilienne  Biagi, ainsi que la famille Junquiera, autre groupe des barons du sucre. Ces deux familles sont les principaux actionnaires du deuxième groupe brésilien de sucre et d'éthanol, Vale de Rosario. Ils ont récemment augmenté leurs parts dans l'entreprise quand ils ont racheté les actionnaires majoritaires pour éviter une offre d'achat de Cosan et Bunge. Après avoir pris le contrôle  de Vale de Rosario, les propriétaires ont lancé une procédure de fusion avec un autre producteur d'éthanol brésilien majeur, Santa Elisa, contrôlé aussi par la famille Biagi. Quand la fusion sera terminée, l'entreprise qui en est issue broiera quelques 20 millions de tonnes de canne à sucre par an. Le vice président directeur général, Cicero Junqueira Franco, déclare que l'entité issue de la fusion cherchera alors des partenariats avec des acteurs étrangers et lancera une offre publique de vente à la bourse des valeurs brésilienne. Mais, en réalité, la transition du conglomérat en transnationale est déjà presque réalisée.

Vale de Rosario et Santa Elisa sont les deux acteurs principaux de Crystalsev, une alliance formée par neuf industries brésiliennes pour commercialiser leur sucre et leur éthanol, et ce en grande partie sous le contrôle de la famille Biagi. Après la fusion de ses deux plus grosses usines, Crystalsev cherche maintenant à obtenir de ses actionnaires une fusion plus formelle, qui intègrera complètement ses activités de production et de commerce. Crystalsev est aussi en train de renforcer rapidement ses liens avec les entreprises étrangères, en particulier avec Cargill.

L'expansion de Cargill dans l'éthanol brésilien  est arrivée surtout par le clan Biagi. En juin 2006, il a racheté 63% des actions de l'usine d'éthanol Cevesa de São Paolo de Maurilio Biagi Filho, qu'il a intégré à Crystalsev. L'usine Cevasa a la capacité de broyer 4 millions de tonnes de canne à sucre par an et de produire 350 millions de litres d'éthanol. Elle expédiera l'éthanol par bateau sous sa forme hydratée depuis le terminal éthanol TEAS de Santos (qui est une coentreprise entre Crystalsev, Cargill et deux autres exportateurs d'éthanol brésiliens majeurs) jusqu'à l'usine d'éthanol d'El Salvador qui est aussi une coentreprise entre Cargill et Crystalsev. Là l'éthanol sera déshydraté et expédié par bateau aux Etats-Unis, où il peut entrer sans taxe douanière avec l'accord de commerce préférentiel connu comme l'Initiative du Bassin des Caraïbes dont fait partie El Salvador.(1)

Cargill n'est pas le seul partenaire étranger de Crystalsev. Santa Elisa vient récemment de former une coentreprise de 300 millions de dollars avec l'entreprise de commerce international Golden Holdings, et l’une des plus grandes sociétés de financement par capitaux propres du monde, le groupe Carlyle. La coentreprise appelée CNAA a l’intention de  faire fonctionner d'ici 2008 au moins quatre nouvelles usines sucrières ayant la capacité de broyer 20 millions de tonnes de canne à sucre par an. Cela fera de CNAA l’un des trois plus importants producteurs de sucre du Brésil. Les représentants de la compagnie disent que l'objectif sera de se développer dans les "nouvelles" régions de cultures de la canne à sucre du Centre-Sud, avec Crystalsev prenant en charge la distribution nationale et Global Holdings organisant le commerce international.(2)


1-Henrique Oliveira, “Cargill, largest private corporation in US, acquires Cevasa in Brazil”, Ethanol Brasil blog, 11 December 2006. http://tinyurl.com/2nrc6c

2- http://tinyurl.com/2mntjj.

Dans ce nouveau contexte, où les entreprises sucrières consolident leurs opérations et se développent dans les régions de production à moindre coût, le Brésil est devenu la principale cible de leurs investissements. Par exemple, Bajaj Hindusthan, le plus important producteur de sucre de l'Inde, a installé une filiale brésilienne en 2006 et  affecté 500 millions de dollars d'investissement immédiat dans le pays. " Si je veux croître exponentiellement, j'ai besoin d'être au Brésil" a dit Kushagra Nayan Bajaj , le PDG de l'entreprise. "Si un investisseur attend de moi une croissance encore décuplée au cours des trois ou cinq prochaines années, ce n'est pas possible en Inde." [3]

L'explosion de la production d'éthanol au Brésil arrive donc en même temps qu'une explosion plus générale de la production de sucre  dans le pays. Et de même que pour l'huile de palme, les producteurs de sucre se dépêchent de tirer partie de cette opportunité pour s'assurer le contrôle du marché international de l’éthanol à base de canne à sucre, se positionnant pour profiter à la fois de l'augmentation des prix mondiaux du sucre brut et de la demande accrue en éthanol.

Le conglomérat Ometto

Le groupe Ometto, conduit par le milliardaire brésilien Ometto Silviera Mello, contrôle Cosan, le plus important producteur de sucre du Brésil. Pour l'année fiscale 2005-2006 Cosan a broyé presque 28 millions de tonnes de canne à sucre et vendu plus d'un milliard de litres d'éthanol.

Au cours de ces dernières années Cosan s'est restructuré en entreprise transnationale. Pour commencer, il a vendu en 1999 10% de ses principales activités portuaires au géant mondial du sucre Tate & Lyle. Puis il a créé en 2002  une coentreprise avec deux importantes compagnies sucrières française, Sucden et Tereos, qui ont toutes deux une importante activité dans le commerce du sucre et de l'éthanol brésiliens (1) et conclu en 2005 un partenariat avec le groupe Kuok de Honk Kong. Sucden, Tereos et Kuok sont maintenant d'importants actionnaires de Cosan, même si Ometto garde la majorité. Kuok, qui est un acteur majeur de l'histoire du biodiesel tiré de l'huile de palme, a aussi beaucoup d'intérêts dans Cosan, à travers son conglomérat agro-industriel, le Groupe Kerry. Des investissements étrangers supplémentaires ont été introduits dans l'entreprise en 2005. Cosan fit une première offre publique sur la bourse des valeurs brésilienne, c'était le premier producteur important d'éthanol à le faire, cédant encore 27% de ses actions à des actionnaires étrangers. Ometto envisage maintenant de faire un premier appel public à l’épargne à Wall Street.

L'empire sucrier d'Ometto ne s'arrête pas là. Quoique vous ne trouverez pas cette information sur le site web de Cosan, son groupe contrôle aussi São Martinho, qui était, au moins jusqu'à récemment, le deuxième producteur de sucre du Brésil (après Cosan) et le gestionnaire de la plus grande usine brésilienne de traitement du sucre (7 millions de tonnes par an). Début 2007, São Martinho a emboîté le pas à Cosan en lançant un premier appel public à l’épargne sur la bourse des valeurs brésilienne, apportant un capital de 176 millions de dollars et une part substantielle de capitaux étrangers. Immédiatement après, il commença a renforcer ses relations avec d'autres acteurs importants. En mars 2007, il signa un accord avec l'entreprise Mitsubishi, donnant à la firme japonaise 10% de la propriété de Usina Boa Vista, une usine en construction avec une capacité de broyage de 3 millions de tonnes par an. Cette usine a été financée avec  250 millions de dollars venant de  la Banque nationale de développement économique et social du Brésil (BNDES). L'accord  comprend aussi un contrat sur 30 années qui stipule que l'usine vendra 30% de sa production  à l'exportation au Japon. A peu près au même moment São Martinho s'est associé à Cosan pour racheter l'usine d'éthanol de Santa Luiza à São Paolo, qui a une capacité de broyage de 1,8 millions de tonnes de canne à sucre par an.

Un autre élément important de l'empire Ometto est sa proximité avec Votorantim, l'un des plus importants conglomérats tenus par une famille du Brésil, contrôlé par le milliardaire brésilien Antônio Ermirio de Moraes. Outre les liens personnels étroits entre les deux familles, leurs entreprises  ont récemment établi un partenariat dans l'amélioration de la canne à sucre entre des filiales de Cosan et Votorantim, CanaVialis, la plus grande compagnie mondiale de sélection de la canne à sucre, et Allelyx, la plus importante compagnie biotech de canne à sucre du Brésil.(2) Puis, en mai 2007, Votorantim et Monsanto ont formellement annoncé leur partenariat pour développer une canne à sucre génétiquement modifiée, annonçant qu'ils auraient des variétés génétiquement modifiées Rondup Ready prêtes pour une introduction sur le marché en 2009.

1. Tereos a acheté les deux usines à sucre de Guarani Sugar en 2001, et plus récemment a annoncé un investissement de 100 millions de dollars pour une troisième raffinerie ainsi que  l'achat d'une usine d'éthanol de 40 millions de litres par an, bientôt terminée à São Paolo. Louis Dreyfus est actuellement le second plus gros producteur et commerçant de sucre du Brésil. Il a commencé à acheter la raffinerie Cresciumal à São Paolo en 2000, puis par la suite  pris le contrôle de cinq usines de broyage appartenant à Tavares de Melo.

2. Votorantim possède aussi 28% de Aracruz Celulose, le plus important producteur mondial de bois dur, et la plus grande compagnie brésilienne d'eucalyptus.

Le gouvernement brésilien a joué un rôle clé en favorisant cette consolidation d'entreprises. Le président Lula et les ministres de son gouvernement semblent être perpétuellement en tournée pour promouvoir l'éthanol, concluant des marchés partout dans le monde pour les débouchés de l'éthanol et des technologies brésiliennes. Une grande part de l'aide gouvernementale à l'industrie se réalise à travers l'entreprise pétrolière d'état, Petrobrás, qui développe activement les infrastructures d'exportation. Son dernier projet est un pipeline d'éthanol de 750 millions de dollars, s'étendant sur  environ 1300 kms depuis l'intérieur du Brésil jusqu'à la raffinerie de Paulinia, puis transporté au port de São Sebastião. Le pipeline aura la capacité de transporter presque la moitié de la production actuelle du Brésil.

Petrobrás est aussi plus directement engagée pour sécuriser sur le long terme des marchés à l'exportation pour l'éthanol brésilien. En 2005, elle a conclu un accord avec l'entreprise pétrolière publique du Japon, Nippon Alcohol Hanbai, pour créer Brazil-Japan Ethanol, une coentreprise qui prévoit d'exporter 1,8 milliards de litres d'éthanol par an au Japon. [4] En mars 2007,  dans le partenariat de 8 milliards de dollars conclu entre le Brésil et le Japon, Petrobrás, Mitsui et Itochu se sont mis d'accord pour créer une coentreprise brésilienne qui fournirait de l'éthanol au Japon pour au moins les 15 prochaines années. Les deux parties ont aussi commencé des négociations pour la construction d'un pipeline à l'intérieur du Brésil pour faciliter ces exportations. [5]

Les grands gagnants de l'émergence du Brésil comme la centrale mondiale du sucre et de l'éthanol sont les entreprises transnationales et les quelques familles, connues au Brésil comme les barons du sucre, qui augmentent leur contrôle sur l'industrie brésilienne du sucre et de l'éthanol. Avec des investisseurs étrangers qui frappent à leur porte, les barons du sucre sont en train de consolider leurs holdings et de restructurer leurs entreprises pour leur permettre d'attirer des investissements extérieurs. Certains ont même mis leur affaire de famille dans la bourse des valeurs brésilienne.  Généralement ce qu'il advient c'est que les investisseurs étrangers rachètent une participation majoritaire ou une minorité d’intérêt, laissant les barons du sucre avec leur expertise à maximiser la productivité par l'exploitation, pour surveiller les opérations agricoles.

Les barons du sucre brésiliens ont utilisé cette manne financière, provenant des investisseurs étrangers comme du gouvernement, pour racheter de plus petites entreprises et augmenter la production pour l'exportation. Entre 2000 et 2005, 37 fusions et acquisitions ont eu lieu dans le secteur de l'industrie du sucre et de l'éthanol à l'intérieur du pays. [6] Aujourd'hui on peut distinguer seulement un petit nombre de conglomérats - des réseaux transnationaux de multinationales et des familles du sucre - qui contrôlent l'industrie. Deux des plus importants sont les conglomérats Crystalsev et Ometto.

Le Brésil attire plus d'investissements internationaux dans les agrocarburants qu'aucun autre pays. En 2006 seulement, plus de 9 milliards de dollars ont été investis dans l'industrie de l'éthanol au Brésil, avec 2 milliards pour la construction de nouvelles usines d'éthanol. [7] Un certain nombre de fonds d'investissements de plusieurs millions de dollars ont été récemment placés sur les marchés boursiers étrangers avec comme objectif spécifique d’investir dans l'éthanol brésilien (voir le tableau 5 page XX)
L'argent frais pousse la production sucrière vers de nouvelles régions, en particulier sur les terres qui sont depuis longtemps utilisées pour le pâturage. Eduardo Pereira de Carvalho, le Président du Syndicat des transformateurs de canne à sucre de  São Paulo prédit que jusqu'à un tiers des terres à pâturages actuelles sera reconverti en production de canne à sucre dans un futur proche. Il estime qu' "Au cours des 15 prochaines années, 100 millions d'hectares de plus pourraient être cultivés en canne à sucre, surtout sur des terres de pâture." [8]

L'extension du sucre et de l'éthanol brésilien a des répercussions hors des frontières du Brésil. L'excès d'argent se répand sur tous les pays voisins, qui offrent même des coûts de production plus bas et/ou un accès commercial stratégique au marché des Etats-Unis. Le gouvernement brésilien a signé récemment un accord de 100 millions de dollars avec son homologue équatorien pour établir deux usines d'éthanol en Equateur et pour introduire des variétés de canne à sucre brésilienne à haut rendement. L'Equateur possède deux avantages pour les investisseurs étrangers: un quota de 10 000 tonnes par an pour le marché états-unien, et un accès illimité au marché  de l'Union Européenne, qui lui a été donné dans le cadre du programme de diversification pour encourager les agriculteurs à abandonner les cultures illégales comme la coca. Des contrats similaires ont été élaborés avec les pays de la zone Caraïbe qui ont un accès commercial aux Etats-unis à travers l'Initiative du Bassin Caraïbes (CBI) [9]. Le groupe commercial brésilien Coimex a une coentreprise en Jamaïque avec Petrojam pour investir 7,3 millions de dollars dans la réhabilitation d'une usine d'éthanol produisant 40 millions de gallons (140 millions de litres), qui importera toute sa matière première du Brésil et expédiera en bateau toute sa production vers le marché états-unien d'éthanol.

La Jamaïque est l'un des petits pays dont le secteur sucrier menace de s'effondrer complètement quand le Protocole sucre de l'UE commencera a être appliqué en 2007. Et, comme la Jamaïque, la plupart de ces pays sont dans un processus de profonde restructuration, qu'ils conduisent avec le soutien de l'UE. Dans ces processus, l'éthanol est souvent proposé comme une solution pour sauver une partie de l'industrie, mais elle s'accompagne généralement de plans de privatisation qui met la production et le commerce de l'éthanol dans les mains des firmes étrangères.

Maurice, par exemple, qui est le plus important fournisseur de sucre de l'UE, avec 38% du quota dans le Protocole du sucre, est en train de négocier un programme d'assistance avec l'UE pour restructurer son industrie sucrière. Tel qu’il se présente, l'UE attribuera 300 millions d'euros à la formation d'un "groupe" canne à sucre dans le pays qui avant tout centralisera, mécanisera et consolidera la production sucrière nationale des petits producteurs et l'orientera vers la production d'énergie, et en premier lieu d'éthanol. [10] Tout est fait pour que le groupe serve aux besoins énergétiques locaux, mais actuellement le gros de la production d'éthanol de l'île est exporté en Europe. Le marché de l'éthanol à Maurice est contrôlé par Alcodis, une association d'entreprises qui fait partie du conglomérat belge de transport maritime AlcoGroup. Le groupe transporte environ 8% de l'éthanol commercialisé dans le monde, la plupart venant de ses opérations brésiliennes, mais une partie vient à la fois de ses filiales d’Afrique du Sud, NCP Alcohols, et de ses usines de Maurice. En 2004, Alcodis a transporté en bateau plus de 3,5 millions de litres d'éthanol vers UE depuis Maurice - sans taxes douanières grâce à son statut de pays ACP ( Afrique, Caraïbes et Pacifique). [11]

Tableau 5. Fonds d'investissements dans l'éthanol brésilien


Infinity Bioenergy

La compagnie basée aux Bermudes et répertoriée à la bourse d’échange de valeur de Londres, a été constituée par environ 50 investisseurs en 2006. L’un des principaux investisseurs est le Fonds Americain Kidd & Company. Avec plus de 500 million$ placés pour des investissements dans l’éthanol brésilien, le fonds a dépensé jusqu’à présent 400 millions de dollars pour prendre le contrôle de trois usines d’ une capacité totale de 3,5 millions de tonnes de canne à sucre, et investir dans la construction de deux nouvelles usines dans l’Etat de Espirito Santo et l’Etat de Bahia. Infinity Bioenergy se concentre sur les régions qui ont une faible tradition dans la culture de la canne à sucre, où elle perçoit un potentiel de croissance. Infinity BioEnergy a aussi annoncé récemment qu’elle était en train de fusionner avec le fonds Evergreen, un autre fonds d’investissements britannique ciblant l’éthanol brésilien avec une participation majoritaire dans l’usine d’éthanol d’Alacana au Nanuque. Infinity planifie d’exporter au moins une partie de sa production aux Etats-Unis, et  pour cela investit 20 millions de dollars dans une usine de déshydrataion aux Caraïbes qui lui offrira un  accès libre au marché des Etats-Unis.

Bioenergy Development Fund

Lancé au début de 2007 par la troisième plus importante banque de France, la Société Générale, il est  enregistré aux Iles Caïmans. Bien qu’il n’ait pas encore fait d’investissement, le fonds a collecté 200 millions de dollars le premier mois de sa création, et il est en voie de lever 1 milliard de dollars cette année. La Société générale participe aussi aux investissements dans les usines d’éthanol aux Etats-Unis.

Brazilian Renewable Energy Company Ltd (Brenco)

A levé 200 millions de dollars lors du placement  privé initial de ses actions. Il est financé par plusieurs grands noms de l’investissement, comme Vinod Khosla fondateur de Sun Microsystem, le magna des supermarchés Ron Burkle, et le co-fondateur de AOL, Steve Case. Golldman Sachs est son agent exclusif de placement. On trouve parmi ses autres investisseurs  l’ancien président de la Banque Mondiale, James Wolfensohn, le producteur de films Steven Bing, et les firmes brésiliennes Tarpon All Equities et Grupo Semc. Le PDG de Brenco est Philippe Reichstul, ancien président de Petrobras. L’objectif de Branco pour les 10 prochaines années est d’atteindre une production de 3,8 milliards de litres, selon les sources du marché. Brenco est enregistré aux Bermudes, mais possède son siège à São Paolo.

Clean Energy Brazil

Etablie par Numis, une banque d’investissement anglaise. Parmi ses partenaires on trouve Csarnikow Sugar, un des plus importants courtier du sucre dans le  monde, et l’acheteur de près de 30% du marché du sucre et d’éthanol brésilien, et Agrop, qui est la propriété de la famille du sucre Junqueira. Le fonds opère à la bourse de Londres et  a levé 185 millions de dollars dans son première appel public à l’épargne. Sa première acquisition a été  49% des actions du groupe du sucre Usaciga.

La banque régionale d'Amérique Latine, la Banque Inter-américaine de Développement (IDB), est un autre acteur clé qui façonne et finance le  développement du réseau de l'agrobusiness de l'éthanol. Elle travaille de près avec la Commission de l'éthanol interaméricain  à développer le marché mondial de l'éthanol, par une double stratégie d'augmentation de la production et de la consommation.  Le président de l'IDB, Luis Alberto Moreno, est l'un des présidents de la commission, ainsi que l'ancien gouverneur de Floride Jeb Bush et l'ancien ministre brésilien de l'agriculture Roberto Rodrigues, qui est maintenant président du Conseil supérieur des affaires commerciales agricoles de la Fédération des industries de l'Etat de São Paulo.

Curieusement, la plus grande partie des fonds de l'IDB pour l'éthanol sont concentrés dans le marché déjà saturé de la production d'éthanol brésilien. L'IDB dit qu'au Brésil il se "concentre sur l'augmentation du ratio d'endettement des investissements du secteur privé pour augmenter la capacité de production". Ses services s'occupant du secteur privé sont actuellement en train de structurer une dette de financement plus élevée pour trois projets brésiliens de production d'éthanol qui auront un coût total de 570 millions de dollars et des prêts pour cinq projets de biodiesel d'une valeur qui tourne autour de 2 milliards de dollars sont en préparation. En mars 2007, les services des prêts à conditions de faveur de la Banque mondiale, la Société financière internationale, a annoncé un ensemble de prêts de 35 millions de dollars  pour la construction dans le principal état producteur de sucre du Brésil, l'état de São Paulo, d'une usine à sucre dont la canne viendra des terres actuellement dédiées à la pâture du bétail.

Guyana: premier arrêt de l'éthanol express

La Guyana se révèle être une destination importante pour le trop plein du capital brésilien en éthanol. Le pays, qui fait partie de  l'Initiative du Bassin Caraïbes (CBI), offre un port maritime idéal pour l'écoulement du sucre et de l'éthanol provenant du Nord du Brésil. Mais contrairement aux pays des îles Caraïbes qui déshydratent seulement l'éthanol venant du Brésil, Guyana a aussi un potentiel pour son propre sucre à bas coût et sa production d'éthanol, ouvrant la porte à des exportations plus importantes vers les Etats-Unis que celles des autres pays du CBI. (1) Le ministre de l'agriculture, Robert Persaud, dit que 202 kilomètres carrés de terres ont déjà été repérés pour la nouvelle culture de canne à sucre. "Nous avons identifié des terres vierges pour la culture d'une nouvelle variété de canne à sucre différente de celle que nous utilisons actuellement pour la production de sucre et de mélasse", a-t-il ajouté. (2)

Selon l'ambassadeur du Brésil en Guyana, Arthur V.C. Meyer, le second plus gros producteur de biodiesel du Brésil, Bio-Capital, prévoit d'investir dans la culture de canne à sucre et dans la production d'éthanol en Guyana. Il a déclaré que la compagnie brésilienne avait l'intention d'investir 300 millions de dollars dans l'achat de 50 000 hectares de terre pour la culture de la canne à sucre et dans la construction d'une distillerie d'éthanol. (3) Bio-Capital effectue actuellement un investissement similaire  dans l'Etat de Roraima dans le Nord du Brésil, sans doute pour le transport de l'éthanol déshydraté  vers ses équipements de Guyana pour l'hydratation et l'exportation hors-taxes vers les Etats-Unis. Bien que Roraima soit en grande partie couvertes de forêts pluviales amazoniennes, et qu'il y ait plusieurs conflits fonciers entre les entreprises et les populations autochtones, le gouvernement brésilien est en train de préparer le terrain à une plus grande production d'agrofuel dans la région en finançant l'extension d'une route qui va de Bomfim en Roraima aux ports de Guyana en traversant la rivière Takutu.

On parle aussi d'une compagnie hispano-israélienne qui est en train de négocier un investissement de 100 millions de dollars pour de l'éthanol en Guyana. La groupe, Tanacama Ltd, a commencé les discussions avec le Bureau des investissements de Guyana et l'entreprise de sucre de Guyana en novembre 2006. Il a l'intention d'établir une usine d'éthanol pilote dans le bassin de la rivière Canje et d'ouvrir une production de canne à sucre sur 10 hectares de terre en utilisant la technologie agricole israélienne.  On estime que la capacité initiale de la fabrique sera de 80 millions de litres par an et les investisseurs espèrent que la quantité sera multipliée par dix en dix ans. (4)

1) Alors que les importations d'éthanol déshydraté en provenance des pays de la CBI sont soumises à des quotas aux Etats-Unis, il n'y a aucune limitation aux importations d'éthanol dérivé de matières premières produites localement.

2) “Guyana ponders ethanol move”, BBC, 10 April 2007. http://tinyurl.com/2ocjwp

3) Miranda La Rose, “Guyana Brazilian firm set to sign deal for ethanol production here”, Stabroek News, 11 April 2007.

4) “Ethanol plant for Guyana”, Caribbean Broadcasting Corporation, 16 May 2006.
http://tinyurl.com/37od8r

Le projet de São Paulo en dit long sur la manière avec laquelle l'industrie de l'éthanol est en train de se constituer dans la région. Le projet d’usine réunie Brazil’s Unialco S.A., dont le partenaire commercial principal en 2006 était Cargill, avec Inversiones Manuelita de Colombie et Pantaleon Sugar Holdings du Guatemala, tous deux dirigés par de célèbres barons du sucre locaux. La famille Herrera contrôle Pantaleon et plus ou moins toute l'industrie sucrière du Guatemala tandis que Manuelita, le deuxième plus gros groupe produisant du sucre basé en Colombie et l'un des principaux producteurs de sucre au Pérou,  appartient en partie au plus puissant baron du sucre de Colombie, un nabab des médias et un promoteur des agrocarburants, Ardila Lülle. Pantaleon et Manuelita investissent dans ces coentreprises par l'intermédiaire de leur compagnie installée en Espagne, Grupo Colgua. [11] La première annonce du projet parlait de  servir les marchés locaux de l'éthanol, mais, l'encre du contrat à peine sèche, les trois compagnies ont fait par la suite une annonce pour un autre investissement commun: une fabrique de 20 millions de dollars au Guatemala qui hydratera l'éthanol brésilien pour l'exporter aux Etats-Unis.


Références

1 Le contrôle par les multinationales du marché de l'éthanol extrait du maïs aux Etats-Unis est examiné dans le numéro spécial sur les biocarburants du magazine Grist de décembre 2006 (en anglais) Voir: http://tinyurl.com/2r6k5m

2 Site web des Groupes Sucres et Denrées, “Sugar Market” (le marché du sucre): http://www.sucden.com (en anglais)
“Brazilian agribusiness exports doubled in four years”, (Les exportations de l'agrobusiness brésilien ont  doublé en quatre ans)  Anba, 11 janvier 2007, http://tinyurl.com/37tsql

3 Pratik Parija and Thomas Kutty Abraham, “Bajaj plans to expand into Brazil” (Les projets de Bajaj pour son expansion au Brésil) , Bloomberg News, 22 août 2006, http://tinyurl.com/2o3g32

4 http://tinyurl.com/2tjxu2

5 http://tinyurl.com/2lkdwq

6 http://tinyurl.com/2l5rz9

7 http://tinyurl.com/36h9a5

8 Peter Blackburn, “Brazil could double ethanol output by 2014 – UNICA” (Le Brésil pourrait doubler sa production d'éthanol d'ici 2014), Reuters, 4 août 2006, http://tinyurl.com/ypqrrw

9 http://tinyurl.com/3bcp4r

10 http://tinyurl.com/3c8vxs

11 http://tinyurl.com/3x7cq2

Author: GRAIN
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